C’était hier soir au Zénith, son dernier concert à Paris pour sa tournée Requiem pour un fou, en hommage à son père. Dès qu’il est monté sur scène, il a déclaré que cette tournée était la conjugaison de leurs deux carrières, le père et le fils. Pendant plus d’une heure, David a livré une performance extraordinaire, mêlant ses chansons à celles de son père. Dire que David est une bête de scène n’est pas peu dire, mais ce qu’il nous a le plus transmis, c’est l’amour des siens.
Sur un écran qui remplissait toute la scène, la magie opérait : le visage de Sylvie, de Johnny, celui de Laura et même de son fils Cameron apportait à ce show quelque chose de différent, de presque intime. Une scénographie à couper le souffle, avec des images d’une beauté saisissante et une explosion de couleurs. Des moments de grande émotion, quand il chantait, par écran interposé, avec son père, et puis cette touchante et déchirante dernière lettre, qui porte dans ses paroles toute la souffrance d’un fils qui n’a pas pu dire adieu à son père, une blessure éternellement ancrée en lui.

Batteur de haut niveau, tout le monde a en tête les images de David, pas plus haut que trois pommes, presque caché derrière la batterie au concert de son père, jouant sur Ma jolie Sarah. Ce soir, il nous a rejoué le morceau, puis a balancé dans le public ses baguettes, mais son geste n’était pas celui d’une rock star qui offre des miettes à ses adorateurs, mais celui d’un homme qui laisse une empreinte matérielle à ceux qui l’ont hissé là.
Ma jolie Sarah a fait renaître en nous nos années Johnny. « Je te promets, chanté par David, avait quelque chose d’irréel, comme si Johnny avait posé une main sur son épaule tandis qu’il jouait et chantait
Requiem pour un fou, Derrière l’amour, Mirador, Que je t’aime, Diego, jusqu’à Allumer le feu, qu’il a partagé avec Pascal Obispo : L’hommage à son père était parfait.
Moment suspendu, lorsqu’il s’est mis au piano pour chanter High, il m’a ramené alors plusieurs années en arrière, quand, chez Johnny, qui était en voyage à ce moment-là, il m’a reçue à dîner avec plusieurs de ses potes journalistes, et après que je me sois émerveillée du grand judbox années 60 qui trônait à l’entrée, il nous a fait à tous écouter la maquette de High. J’étais sous le charme de la mélodie et de sa voix envoûtante. David, à l’époque, n’était pas très sûr de son futur succès.
Lorsqu’on est le fils de deux monstres sacrés, il est difficile d’être reconnu pour soi-même, surtout lorsqu’on lance son premier titre. Ce soir, en le voyant si à l’aise, si électrisant sur scène, j’ai mesuré le chemin parcouru et j’ai souri. David a cette capacité immense de nous transmettre son humanité, les causes qu’il défend, la cause animale et l’environnement, qu’il a évoqué ce soir dans une de ses chansons.
David n’est pas seulement un artiste, c’est un homme droit, intègre, qui place sa famille au-dessus de tout. Un homme que j’ai connu jeune ado, encore en pension avec son pote Jérôme Corcos, nous fréquentions les mêmes boîtes à la mode, l’atmosphère où l’apocalypse devenue par la suite Olivia Valére ,
le Palace, l’Élysée, Matignon, etc. À ce moment-là, pour tous les gens de ce monde-là, il n’était que le fils de… Quelques années plus tard, le fils de… a offert à son père son plus bel album, Sang pour sang.
Ce soir, avant d’arriver sur scène, lorsque David a baissé sur le grand écran de la scène du Zénith la visière de son casque, référence à son amour pour la formule 1, c’était pour nous entraîner dans le tourbillon de nos souvenirs, une course effrénée contre le temps qui passe, comme il le chante lui-même, « tu m’as pas laissé le temps ». Un concert à deux voix, tant la présence de son père était solaire. Quelle plus belle preuve d’amour pour un fils que de faire revivre son père à travers sa propre voix ? Ce soir, ce n’était pas un requiem, mais une symphonie d’amour filial.
Et à tous ceux qui critiquent le fait de chanter des chansons de son père, c’est qu’ils n’ont rien compris, ces deux-là sont aussi semblables qu’ils ne sont différents, mais une chose les a réunis tous deux, quelque chose d’impérissable et d’éternel, leur amour vraie et sincère pour la musique.
Helena Mora
