Edito
Un monde qui chancelle
Un ex-président de la République française : 21 jours sous les verrous, puis relâché sous contrôle judiciaire et les réseaux sociaux, sorte de pamphlets modernes, s’enflamment pour ou contre. Un livre sur son incarcération, comme s’il fut Voltaire embastillé, la presse faisant feu de tout bois à la moindre apparition de sa famille, et voilà toute la France accro à la série de l’année : « Les démêlés judiciaires de Nicolas Sarkozy ».
Victime ou coupable ?
Un président et sa femme enlevés chez eux par une grande puissance mondiale les traitants de narcotrafiquants et emmenés menottes aux poignets dans une prison new-yorkaise en attente de jugement, narco trafiquants ou pas mais véritables dictateurs. Et le monde s’embrase avait-on le droit d’agir ainsi ?
Là n’est pas le sujet.
Mais le monde marche sur la tête !
Nous ne faisons pas de politique, même si en choisissant d’acheter notre pain dans une boulangerie et pas dans une autre, c’est déjà de la politique !
Ce qui est troublant, c’est comment la disgrâce d’un ex-chef d’État peut autant fasciner un peuple se noyant déjà dans ses propres problèmes : le droit sacré de la retraite, l’augmentation de la vie, l’insécurité publique… et j’en passe. Et comment l’image d’un dictateur d’Amérique latine menottes aux poignets peut ensorceler les télévisions du monde entier !
Aux informations, on nous parle de manuel de survie, et la menace d’une guerre plane comme un corbeau noir volant autour de la Tour de Londres. Et au milieu de tout cela, le monde artistique, amputé de plusieurs subventions, tente encore de se relever après avoir, comme une salamandre, traversé le feu de la période Covid et post-Covid.
Les plus grands quittent la scène sans bruit.
Yves Boisset, qui donna ses lettres de noblesse à un cinéma vrai, social, dénonciateur de la noirceur de l’âme humaine avec des sujets dérangeants, s’en va le 31 mars dernier sans avoir pu monter son film « Les Amazones », qui racontait la fin de Mouammar Kadhafi.
Censuré avant même d’avoir tourné une seule prise, il me confia : « Il n’y a pas de plus grande censure que de refuser de produire un film ».
Huit mois plus tard, un 31 aussi, son acteur, Tchéky Karyo, qui incarnait un flic alcoolique dans « Bleu comme l’enfer », disparaissait brutalement, emporté lui aussi par le cancer.
Ce géant du cinéma, abonné aux seconds rôles transcendants et souvent relégué aux rôles de méchants, d’ âmes torturées, près de 100 films à son actif, ne reçut du service public aucun hommage, comme s’il n’avait pas existé, tandis que les réseaux sociaux débordaient d’amour pour lui.
Alors, parce que Tchéky était, outre l’acteur fascinant, un homme avec un cœur grand comme le monde, vrai, droit, fidèle en amitié, nous avons voulu lui consacrer ce numéro et lui rendre un hommage mérité.
Puis une légende mondiale s’en va laissant une lettre doublée gravée dans l’histoire du cinéma BB à jamais (voir sur rubrique à l affiche) et au moment où nous clôturons ce numéro on va bientôt mettre en terre Loana notre Marilyn pionnière de la télé réalité en France (voir rubrique À l’affiche).
Ils nous quittent laissant une empreinte indélébile mais la Passion de ce qu’ils ont été reste dans la mémoire collective pour toujours.
Bonne lecture !
Passionnément vôtre.
Helena et toute l’équipe de Passion Magazine

