Brigitte Bardot : Celle qui donna à la lettre B toute sa grâce

Personne n’est éternel, même les icônes disparaissent un jour. À présent, une lettre de l’alphabet a perdu son éclat, sa grâce, sa féminité toute arrondie comme un ventre de femme qui va donner la vie. Une lettre que l’on a doublée, le B.

Une lettre symbole de liberté sexuelle, d’émancipation de la femme, mais aussi de combat, de lutte pour sauver ceux qui n’ont pas la parole pour exprimer leur souffrance : les animaux.

Personne n’a oublié la gamine BCBG, piquante et effrontée, qui révéla au monde entier sa féminité féline dans une danse endiablée et fit du petit village de vacances de son enfance, Saint-Tropez, un lieu mythique avec sa fameuse Madrague.

Oui, la sensuelle, l’hypnotisante Brigitte Bardot, qui donna son prénom à toute une génération de filles, s’en est allée, comme naguère le mistral dans sa chevelure ébouriffée. Le cinéma qui l’a créée n’a pas pu retenir cette étoile filante qui, au sommet de sa carrière, entrait dans la cause animale comme on entre en religion.

Brigitte Bardot, qui n’apparaissait plus que pour secouer les grands de ce monde de leur inertie pour sauver les animaux, vivait tranquille, entourée de son mari et ses bêtes, presque en ermite. Pour la France entière, elle était BB, une figure stable et indétronable, inspirante aussi pour toutes générations confondues et qui faisait partie de leur univers depuis toujours.

Certes, on la savait malade, mais personne ne pouvait penser qu’elle tirerait sa révérence aussi. Brigitte avait un combat qu’elle mena jusqu’au bout de ses forces : « J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes et maintenant je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux. » Avait-elle dit lorsqu’elle se retira des écrans.

Elle n’avait pas peur d’apostropher le président de la République et de dire ce qu’elle pensait. Plus qu’une perte pour le cinéma, Brigitte est une perte pour l’humanité. Elle a certes suscité le désir des hommes pendant des générations, mais surtout, elle a été fidèle à elle-même en suivant son cœur.

Si, pendant qu’elle brillait à l’écran, les jeunes filles s’habillaient comme elle, robe vichy, ballerines et coiffure choucroute, ces jeunes filles, plus tard, sont devenues des femmes libres. Elle leur a appris la féminité en même temps que la liberté d’être elle-mêmes et non d’être formatées par une société de non-dit et de désirs enfouis.

Plus tard, une jeune fille à la voix puissante et rauque, aussi brune qu’elle fut blonde, reprenait son allure, trait d’eyeliner soulignant un regard de biche et cheveux relevés haut en chignon et retombant en désordre sur les épaules, jupes courtes et amples : Amy Winehouse.

Oui, Brigitte était inspirante, même pour les générations suivantes. On gardera d’elle les images troublantes de « Dieu créa la femme », celle du « Mépris » avec sa voix douce demandant à Michel Piccoli : « Tu les trouves jolies, mes fesses ? »
Et puis toutes les autres dans « En cas de malheur »ou étouffantes dans « Vie privée » ou boulversante dans « La vérité » et d’autres encore plus légères comme dans « En effeuillant la marguerite » et  » Viva Maria » ou « Babette s’en va en guerre ».

Et surtout, cette image bouleversante d’une Brigitte Bardot serrant contre elle un bébé phoque sur une banquise ensanglantée. Son ami, le journaliste et écrivain Henry-Jean Servat, les sanglots dans la voix, a appelé à continuer son combat et ne serait-ce pas cela le plus bel hommage qu’on puisse rendre à cette belle : sauver ses bêtes ?

BB n’est plus, mais il reste le chemin qu’elle nous a tracé, celui d’écouter son cœur et de se battre pour ce que l’on pense être juste jusqu’au bout de nos forces. Et puis, il nous reste ces images gravées sur pellicule à jamais, celle d’une jeune fille éclatante de fraîcheur et de beauté et qui, au fil de sa filmographie, devient cette femme mûre magnifique au corps sculptural, si à l’aise dans sa féminité criante et cette voix sensuelle comme une caresse qui interpréta les chansons de Serge Gainsbourg.

Celle qui susurrait et badinait avec les mots d’un Gainsbourg sous son charme avait choisi de donner sa voix à ceux qui n’en avaient pas, les animaux. Sa fondation fut son doute, son plus beau rôle.

C’est à nous tous qui l’avons aimée de reprendre le flambeau en disant non à la corrida, non aux expériences animales, etc. Alors oui, elle n’aura pas été qu’une étoile au firmament des stars, mais une étoile qui guide nos consciences, celle par qui la tendresse pour les animaux arriva, et non pas le scandale.

Et si on se plaît à décortiquer sa vie désormais comme un puzzle, jugeant la mère absente qu’elle fut, on oublie certainement que la pièce maîtresse de sa vie fut d’être en accord avec elle-même et d’écouter son cœur jusqu’à son dernier battement.

Helena Mora