Yves Denis a ce charisme et cette distinction qui autrefois se remarquaient chez un Lord Byron, un Oscar Wilde ou un Robert de Montesquiou qui a servi de modèle à Marcel Proust pour son baron de Charlus. J’ai voulu creuser un peu plus et comprendre à quel point l’élégance était innée chez lui. Une élégance dans sa façon de s’habiller certes, mais plus profondément dans sa façon d’être.
Cette vision de l’élégance est devenue la signature de Dandy Magazine et des Swan Awards, et s’est imposée au fil des années.
1 -Comment est tu devenu Monsieur élégance ?
Monsieur Elégance est un terme dont je te laisse la responsabilité. Disons que depuis près d’un quart de siècle je défends, avec Dandy magazine, cette idée que l’élégance adoucit le monde et le rend plus agréable à vivre.

Sourire et parler correctement aux autres ne coûte rien, et pourtant cela embellit la vie de ceux qui en sont les destinataires, et donne du sens à celle de l’émetteur. Et il y en est de même de l’élégance vestimentaire, qui contrairement à ce qu’affirment les mauvaises langues, n’est pas une question d’argent mais de choix. Un certain nombre de jeunes influenceurs en ont fait, à juste titre, leur spécialité sur Instagram, TikTok et Linkedin.
2- Déjà petit, on t’a transmis cette idée d’élégance, c’est bien ça ?
Malheureusement non. J’ai été élevé par mes grands-parents et mon grand-père est parti alors que j’avais 15 ans. Il était haut fonctionnaire et donc toujours bien habillé selon les codes du classicisme. Je n’ai donc pas reçu cette culture en héritage, mais elle m’a passionné très jeune, et à 16/17 ans j’allais au lycée et prenais le repas dominical familial en gilet et cravate.
3- Comment est né Dandy Magazine ? Quelle est sa genèse ?
Editeur dans la presse automobile j’ai eu la chance que mon premier titre lifestyle devienne le corporate magazine de Jaguar, ce qui m’a permis de développer nos rubriques consacrées à l’élégance. Et puis j’ai sauté le pas et après l’automobile, les bateaux et les voyages, je me suis consacré exclusivement à l’élégance et l’art de vivre, en créant Dandy, en septembre 2003.
4- Comment est née cette idée des Swans ?
Début 2023 nous cherchions une idée pour célébrer dignement les 20 ans de Dandy, et j’ai décidé de lancer les Prix de l’Elegance pour marquer l’événement.
Il me parait important de bien préciser ici que l’élégance n’est pas la mode. Souvent des personnes que je ne connais pas me disent « Ah, vous avez un magazine de mode ? » : pas du tout ! L’élégance et la mode n’ont rien à voir. La première est, par essence, intemporelle et donc indémodable, alors que pour survivre la mode est condamnée à se renouveler sans cesse. Et ce faisant elle sacrifie souvent aujourd’hui au modèle économique de la fast fashion, qui est un fléau pour la planète. Alors que l’élégance, qui est conçue pour durer, est par définition issue de la slow fashion.
5- C’était la première fois pendant le Festival de Cannes ?
Oui : première fois à Cannes. La première édition a eu lieu à Paris et la seconde à Florence, cette année nous avons voulu bien affirmer l’internationalisme des Swann Awards, que nous avions ébauchée à Florence l’année dernière. Et nous avons ainsi reçu et honoré des Français bien sûr, mais aussi des Américains, des Anglais et des Italiens.
6- Quelles sont les valeurs que véhicule Dandy Magazine ?
Le goût du beau et du bien fait bien sûr, cet intérêt pour la transmission des savoir-faire artisanaux, et bien sûr cette vertu exceptionnelle de l’élégance qui est d’établir une relation paisible et distinguée avec autrui, aux antipodes de la vulgarité et de la médiocrité qui caractérisent hélas de plus en plus la société française aujourd’hui et s’étalent en ouverture des chaînes d’information continue. Puisque nos gouvernements successifs cautionnent ce nivellement par le bas en laissant l’autorité être bafouée, l’éducation être dévalorisée et la langue et sa grammaire être dépréciées avec la bénédiction des grands organismes d’Etat (Education nationale, Conseil d’Etat, Collège de France…) qui devraient les défendre, j’estime que c’est aux citoyens qui déplorent ce sabordage en règle de réagir, et de faire valoir qu’il existe d’autres voies que celles de la chute perpétuelle, et que jusqu’aux années 80 notre passé était un modèle admiré pour cela à l’échelle planétaire.
7-L’élégance n’est-elle pas aussi une forme d’être et de se présenter aux autres surtout, et pas seulement la façon de s’habiller ?
Absolument ! Comme je l’indiquais dans le discours d’ouverture des Swann Awards, l’élégance n’est pas un style, mais une manière d’être au monde. On la reconnait dans une posture, une attitude, un regard, même. Et elle distingue celles et ceux qui donnent au monde une part de lumière. Les Swann Awards sont nés de cette conviction que l’élégance – vestimentaire bien sûr, mais aussi morale et comportementale – peut adoucir et embellir le monde, j’en suis convaincu.
8-Et pour finir, l’élégance n’est-elle pas ce duo que formez Véronique et toi dans la vie privée mais aussi en public avec votre magazine et vos évents évidemment élégants ?
Nous en sommes des défenseurs parmi d’autres, ayant la chance que notre voix porte grâce à un magazine installé, légitime et
9-Est ce qu’on est plus élégant ou moins qu’avant en gros est ce que sur le tapis rouge ce qui prédomine c’est le paraître ou être vraiment élégant ou élégante ?
Il est clair que le tapis rouge que tu évoques est un exemple chimiquement pur de l’élégance vestimentaire, parce que le smoking qui y est imposé est l’une des tenues les plus élégantes qui soit. Mais il ne présume hélas en rien de l’élégance de l’âme et la manière de se tenir et de se comporter, qui distinguent les grands élégants. Ni un beau costume ni un smoking ne rendront jamais élégant un bourrin qui se comporte mal. En fait s’il fallait préciser ce dernier point, reprenant ta question je dirais que sans l’être, l’élégance n’est que paraître.
Helena Mora
